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 Pause. [Pluie]

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MessageSujet: Pause. [Pluie]   Dim 30 Sep - 18:45

    Il n'y a aucune fenêtre dans mon bureau.
    Vous imaginez ça ? Toute la journée, je travaille sous lumière artificielle, ou la lumière projetée par mon écran d'ordinateur à la rigueur, même avec un temps magnifique dehors. L'angoisse, je vous le fais pas dire. Un vrai esclave à rédiger des actes. Alors vous vous dites sûrement qu'avoir son propre bureau c'est quand même cool, on peut faire ce qu'on veut, surfer sur internet brièvement, faire le tourniquet sur sa chaise de bureau et boire son café dans un mug stylé entre temps, et autres fantaisies... ERREUR. Pas le temps. Ça marche seulement dans les films ce genre de trucs. En réalité, vous passez seulement vos journées à répéter les mêmes activités inlassablement, en vous donnant l'illusion que ça change, parce que ça ne concerne jamais les mêmes personnes, parce que les missions sont différentes, mais quand vous faites le point, ça n'en finit jamais. Vous pensiez que ce métier vous plairait, mais même une passion devient une corvée quand elle devient systématique. Sans rire, lorsque les études sont finies il n'y a plus de but. Alors vous vous dites qu'après tout vous faites ça seulement pour le salaire, mais vous n'êtes même pas assez payé.

    Je parle comme quelqu'un qui est écrasé par le poids de ses années de travail ? Je bosse dans cette boîte depuis un an seulement.

    Et je dois dire qu'en ce moment c'est pire que d'habitude. Parfois, l'office tourne au ralenti, et parfois, on pourrait croire que tous les vieux s'étaient donnés le mot pour aller déclarer leur héritage en même temps. J'ai bien sûr cherché des liens sociologiques, s'il s'agissait de ces histoires de guildes ou bien à cause des disparitions, mais bon. On peut surtout dire qu'ils sont très à cran, et aujourd'hui, j'ai subi les foudres d'un vieux bonhomme qui se plaignait que le dossier n'avait pas été réglé à la date exact qu'il avait exigé, alors que j'avais passé les derniers jours à régler son cas dans le stress le plus total et en faisant des heures supplémentaires. Peut-être croyait-il que mon travail consistait à taper quelques trucs sur mon clavier et HOP. Injustice de ce monde, pour nous pauvres invisibles qui n'étions pas reconnus pour tous nos efforts. On continuait inlassablement à régler les affaires des gens qui ne nous seront pas redevables. Après tout, c'est notre métier, c'est ma vie de tous les jours.

    Ce midi, j'avais deux heures pour manger et cette fois, je n'avais pas envie de me forcer à discuter poliment avec mes collègues, qui me regarderaient de travers en voyant que je mangeais les mêmes nouilles japonaises pour la énième fois. Alors j'ai décidé de sortir pour trouver un endroit sympa où déjeuner, seul, tans pis. Lorsque j'ai ouvert la porte de l'office, j'ai eu l'impression d'être un vampire qui allait brûler en plein soleil, comme mes yeux étaient habitués à fixer mon écran sous lumière artificielle. La vie à l'extérieur de l'office avait l'air lumineuse, magnifique. Je me suis mis à marcher dans la rue, et il y avait juste assez de monde pour qu'elle soit animée sans que ça ne soit trop stressant. Je déteste les mouvements de foule, ça me rend malade. Mais aujourd'hui, c'était plutôt agréable, et je me suis même senti un peu de bonne humeur, simplement parce qu'il faisait beau, avec une brise parfaite qui soulevait légèrement ma veste, et que j'allais pouvoir manger tranquillement. Les gens vaquaient à leurs occupations, ils parlaient, souriaient parfois, ils n'avaient pas l'air de penser aux guildes, aux disparitions ou à quoi que ce soit d'inquiétant. C'est dingue comme un rayon de soleil peut changer toute une atmosphère.

    Comme je n'avais rien trouvé, mes pas m'ont conduit au Crystal Palace, l'immense building qui pouvait transformer n'importe lequel d'entre vous en client en moins de 2 minutes, grâce à tous les magasins qu'il contenait. Après tout, on n'allait pas au Crystal Palace pour d'autres raisons que consommer. Et aujourd'hui, c'était le jour idéal pour aller consommer ce que je voulais dans un bon restaurant. J'entrai dans l'un des moins chers et m'asseyais à une table. J'avais reçu un sms pendant mon boulot.

    "J'ai peut-être un plan pour toi à la mairie"

    "Plan" ne signifiait pas une histoire ou quoi que ce soit avec une fille. Enfin, normalement. Je répondais rapidement en demandant ce qu'il en était et commandait une omelette avec des frites et un coca. Ensuite, c'était le moment d'attendre seul, totalement inoccupé. Je tapotai sur la table avec ma main en observant allègrement les lieux et les clients. La serveuse venait de m'apporter mon plat lorsqu'elle est arrivée.
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MessageSujet: Re: Pause. [Pluie]   Dim 4 Nov - 0:40

Désolée, c'est loin d'être cool comme post, mais il est tard... xD

you're pathetic.

Et voilà, encore une matinée de merde. Le genre où t'as pas envie de te lever mais tu le fais parce que c'est comme ça. C'est la vie. Faut se lever, manger, pisser, chier, bosser pour avoir du fric que tu vas dépenser pour pouvoir dormir, manger et finir par pisser et chier. Cercle de la vie, de la mienne dans tous les cas. Mon boulot, c'est danseuse de cabaret. Plus communément appelée « celle-là » dans le type de phrase : on peut la toucher celle-là ?, ce à quoi il faut répondre avec le sourire que le client est roi. En théorie. En pratique, tu me touche, j'te fais cramer. Au sens propre du terme. J'arrive, chaque soir, sur une scène sobrement occupée par la chaise noire. Veste noire de costume, porte-jarretelles, talons plus hauts que ta voisine. Je m'étonne toujours en me demandant comment diable je peux marcher et danser avec ça aux pieds. Parce que putain, je mets des talons tous les jours, mais on est jamais mieux que dans des grosses basket. Et c'est avec les mêmes dessous mais un jean (trop) court et un t-shirt (trop) moulant que je sors. Question d'habitude. On finit par ne plus faire attentions aux regards outrés ni aux répliques du genre : tu prends combien ? C'est aussi répétitif que refaire trente fois le même niveau de Mario. Et tout aussi chiant que de passer des heures sur une énigme de Layton. Même si là, assise à l'arrêt de bus, console en main, je suis plutôt Zelda. Les bus sont toujours en retard, alors j'ai appris à prendre mes précautions. Il faut dire que là où j'habite il n'y a pas grand monde, par rapport au centre ville. Mes voisins sont des ruines d'immeubles, à croire que mon appartement est le seul encore debout. Je vous avouerai que le dernier vrai voisin que j'ai eu, avec de la chair et des os j'entends, ne les a pas gardés longtemps. Sa chair et ses os, je veux dire. Je songe à priver tous les conducteurs de bus des leurs aussi. Ça leur ferait les pieds !
Histoire de m'emmerder jusqu'au bout, le bus est arrivé en klaxonnant et a fait que Gohma m'a défoncé. Je me levais, furieuse, lâchais quelques injures au conducteur qui s'en foutait pas mal et m'en allais finalement à pieds. Si j'avais vraiment besoin, le premier paumé me prendrait en stop. Je rangeais ma console dans mon sac en cuir, et accélérais le pas. Putain. On a pas idée d'inventer des chaussures de pétasse aussi inconfortables, j'te jure.
À en juger par la position du soleil dans le ciel, il devait être midi. J'déconne, j'ai regardé mon téléphone. Je gardais un écouteur à l'oreille, du Hollywood Undead à fond pour me détendre. Eh, je l'avais bien mérité.
Il y a un mec que j'avais croisé, à un restaurant, une fois. Rien de luxueux, un petit resto de quartier, c'est pas du caviar mais personne n'est mort pour avoir mangé des frites. Depuis, je scrute patiemment le restaurant depuis la vitre extérieure à la recherche du jeune homme. Allez, je connais pas ton nom ni rien. À vrai dire, je ne le connaissais pas vraiment tout court, mais il me reposait. Et m'énervait en même temps – comme c'est original ! Il est calme, posé, réfléchi ou semble l'être – encore un putain de marginal, ouais. Ce mec semble plus faible que fort, mais sa force réside dans sa faiblesse. Quel beau paradoxe. Il n'a pas ce regard qu'ont les autres hommes, il n'a pas cette pseudo-réflexion qu'ont les autres hommes, je sais pas. Encore un putain d'original, ouais. Il était vraiment bizarre, et ça donnait envie de le connaître. Ça donnait aussi envie de le frapper, mais c'est autre chose.
Encore une fois, je scrutais la vitre. Il y avait des couples (qui me donnent la gerbe) et au milieu de tous les gens, paumé comme t'as jamais vu personne être paumé, y avait lui. Avec ses cheveux trop coiffés, ses fringues trop repassées et son air trop penseur. Moi je vous le dis, ce mec-là, il cache un truc. Je passais rapidement la porte, balançais mon sac au pied de la table du jeune homme et allais m'affaler sur la chaise face à lui. Je regardais la serveuse – en mini-jupe, quelle pétasse – lui apporter ses frites, et lui en piquais quelques unes. J'avais la chance d'avoir un siège à accoudoirs, et appuyais mon dos sur l'un, passais mes jambes au-dessus de l'autre. Ceux d'à côté avait pleine vue.
Je mangeais rapidement les quelques frites volées, au cas où il tente de me les reprendre, et le regardais d'un air blasé. Je dis : c'est bon, me regarde pas comme ça, c'est pas comme si t'attendais quelqu'un, petite pause, et je rajoute : t'as pas une tête à avoir des amis. Pauvre garçon, il demandait juste à manger ses frites.
Je préférais l'ouvrir dès le début et ne pas lui laisser l'occasion de parler le premier. Il est très déstabilisant, comme s'il ne me croyait pas. Comme si j'étais une grande poupée en porcelaine, et qu'il arrivait avec un burin briser ma porcelaine. Pas terribles ces frites... Au fond, je ne suis qu'une petite poupée en bois.


« J'admire les drogués. Les accros. Dans un monde où tout un chacun attend quelque désastre aveugle, aléatoire, ou quelque maladie soudaine, le drogué a le confort de savoir ce qui l'attend avec le plus de probabilité au bout de sa route. [...] D'une certaine manière, être drogué c'est anticiper. Une bonne addiction enlève à la mort tout son jeu des devinettes. c'est pour de vrai qu'on planifie sa propre échappée. Et, sérieusement, c'est tellement un truc de gonzesse que de penser qu'une vie humaine devrait se poursuivre indéfiniment. »
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